Samedi soir, Nieulle-sur-Seudre, fête des vendanges. Deux cents couverts sur de longues tables nappées de blanc, de la vigne aux murs, une barrique dans un coin, un parquet au milieu. J’étais là pour une raison de famille.
Sur le parquet, L’Estran Saintongeais. Des tout-petits et des cheveux blancs, en coiffes, en fichus à carreaux, en sabots. Des rondes du pays, puis deux hommes qui traversent la piste en portant des enfants assis sur une longue pièce de bois. La salle, elle, n’attendait qu’une chose : que le repas se termine pour aller danser et chanter à son tour. Passé minuit, elle y était.
Je suis sorti prendre l’air. Un homme était là. Il m’a dit qu’il ne m’avait jamais vu ici, et il m’a demandé qui j’étais. Je lui ai dit ce qui m’amenait, et que j’avais grandi à Saintes. Et, au passage, mon métier.
Alors il m’a parlé de son projet. Une vie qui change, un bien à vendre, l’envie de se rapprocher de Saintes, justement. Rien de caché, m’a-t-il dit. Quelques minutes, cordiales, et il m’a laissé ses coordonnées.
Je n’avais rien demandé. C’est lui qui m’a repéré, lui qui m’a qualifié, lui qui a décidé de parler. Dans un village, un visage nouveau se voit.
Un propriétaire qui veut vendre, c’est ce que mon métier a le plus de mal à trouver, et ce qu’il paie le plus cher. Samedi, il a suffi d’être là et de dire qui j’étais.
Ses coordonnées iront au conseiller du secteur. Moi, je n’étais pas du village. Les conseillers du réseau où je travaille, eux, habitent là où ils vendent. Ce genre de soirée, ils y sont chez eux, et ils n’y vont pas pour prospecter. On les connaît, on sait où les trouver.
On en parle souvent comme d’un plus. Je crois que c’est le cœur du modèle, et qu’on ne le dit pas assez.
Je ne connais pas encore d’outil qui fasse ça à leur place : être quelque part, être vu, répondre à voix haute.
